| La Crise défera ou refera l'Europe |
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| Friday, 10 October 2008 08:52 | |
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Inévitablement dans une crise financière aussi grave, c’est l’urgence qui commande : assurer la liquidité et la sécurité du système de paiements, prévenir les effets dominos en préférant la reprise de banques défaillantes à leur banqueroute, fût-ce au prix d’une nationalisation temporaire, le temps nécessaire pour que le contribuable y trouve son compte ; renforcer le financement des PME plus exposées à la contraction du crédit. Pierre DEFRAIGNE
La Crise défera ou refera l'EuropeInévitablement dans une crise financière aussi grave, c’est l’urgence qui commande : assurer la liquidité et la sécurité du système de paiements, prévenir les effets dominos en préférant la reprise de banques défaillantes à leur banqueroute, fût-ce au prix d’une nationalisation temporaire, le temps nécessaire pour que le contribuable y trouve son compte ; renforcer le financement des PME plus exposées à la contraction du crédit. Inévitablement aussi, l’affaire se joue au niveau des gouvernements .L’Europe reste sur le siège arrière comme l’ont montré le mini-sommet de Paris et l’harmonisation de garanties nationales décidée en catastrophe à l’Ecofin à Luxembourg . L’UE paie le prix du retard pris dans la construction d’un système de régulation européen et du refus de constituer en temps utile les mécanismes financiers de solidarité. Il faudra bien pourtant qu’un jour au moins l’eurozone mette en ligne supervision bancaire, recours au financement public et intervention du prêteur en dernier ressort (la BCE). La fragmentation actuelle des responsabilités ne peut que conduire à la cacophonie et rendre les crises plus dangereuses et plus coûteuses en Europe. L’intergouvernementalisme a montré ses limites : seules des solutions communautaires robustes sont cohérentes avec le fait que dorénavant 40 banques transnationales assurent 2/3 des transactions en Europe. Un refus d’aller dans la voie communautaire marquerait un retour en arrière de l’intégration financière en Europe, une aberration qu’une inflexion de la politique de concurrence en matière d’aides d’Etat pourrait encourager. Plutôt que de s’attarder sur la dénonciation des responsables d’hier et d’inventorier la boîte à outils du régulateur de demain, choses qui viendront en temps utile, prenons une perspective plus vaste en reliant les origines aux conséquences de la crise du côté de l’économie réelle. Après tout la crise financière naît dans l’économie réelle et elle rétroagit durement sur celle-ci. C’est dorénavant ici qu’il faut agir et le faire sans tarder. L’hypertrophie de l’industrie financière qui a marqué les deux dernières décennies et qui asphyxie aujourd’hui les autres secteurs par un prélèvement excessif sur la valeur ajoutée a une double origine : d’abord le passage de l’intermédiation financière à la finance directe, c’est-à-dire de la banque à la bourse, notamment via la titrisation, idée porteuse, mais viciée à la base par un déficit de régulation adéquate et au bon niveau, celui de l’UE et des instances internationales (FMI, BRI et FSF) ; ensuite la politique monétaire expansionniste de la FED d’une part et le financement du déficit extérieur des USA par la Chine d’autre part qui ont maintenu les taux d’intérêts à un niveau historiquement bas. Ceci a permis à la finance de travailler avec des effets de levier (endettement) très puissants et très rémunérateurs, mais très risqués en cas de retournement de l’économie. Ce retournement a une double origine : d’une part l’écrasement des salaires réels de la masse des consommateurs aux USA et l’endettement explosif des ménages , tous deux provoqués par l’aggravation de plus en plus sévère des inégalités ; d’autre part, le ‘facteur chinois’, longtemps source de stabilité des prix par les importations de produits manufacturés à bon marché et désormais source d’inflation par le poids des achats chinois d’énergie, de matières premières et de nourriture. Le phénomène des subprimes ne s’explique pas seulement par le cynisme des courtiers en crédits hypothécaires, par la titrisation des prêts par les banques, par la complaisance des agences de notation et par l’ignorance et l’imprudence des investisseurs professionnels, banques européennes comprises. Il est le produit de l’attrait irrésistible du surendettement pour des ménages pauvres sollicités par le consumérisme prégnant et leurrés par la perspective d’un boom immobilier sans fin. En d’autres mots, la cause première de la crise financière est le déséquilibre entre profits et salaires d’une part, entre hauts salaires et bas salaires d’autre part, aggravé par la ‘déprogressivité’ de l’impôt menée aux USA par la dynastie Bush. La droite républicaine a voulu en finir avec le New Deal honni. L’économie américaine en paie aujourd’hui les conséquences. Et l’Europe là-dedans ? L’Europe est avant tout, malgré les avancées de l’intégration, un continent très fragmenté, y compris dans la zone euro, par des spécialisations économiques différentes persistantes et des politiques peu coordonnées. Néanmoins il faut relever des défaillances majeures du côté de l’UE, et en particulier de l’Eurogroupe. Première constatation : l’euro était censé nous protéger des chocs extérieurs, mais ce sont les marchés financiers dérégulés qui ont servi de courroie de transmission transatlantique à la crise des subprime. Un beau raté ! Qui plus est, des différences persistantes en matière d’endettement public peuvent réveiller chez certains Etats-membres de l’Eurogroupe un « préférence pour l’inflation ». La crise révèle cette ligne de fracture sismique au sein de la zone euro. Deuxième constatation : l a Stratégie de Lisbonne lancée en mars 2000 prend explicitement les Etats-Unis pour référence des réformes à introduire en Europe pour en faire ‘l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde en 2010’. Les Etats-Unis dont la capacité indéniable d’innovation occulte l’endettement interne et externe, les inégalités croissantes et la surconsommation d’énergie! Comprenne qui pourra l’emprise que la pensée néo-libérale exerce alors jusque dans les rangs sociaux-démocrates subjugués par le blairisme! Troisième constatation : le Traité de Lisbonne est mort, les Irlandais ont voté non pour la deuxième fois en jouant les passagers clandestins en matière de sécurisation des dépôts bancaires comme ils le font depuis longtemps pour l’impôt des sociétés. On voit mal l’Irlande, mise en accusation par ses partenaires, revoter sur le Traité avant l’élection britannique de 2010. Mais on voit bien l’usage que David Cameron, champion de la Britishness pourrait faire de cette opportunité si elle se présentait. Quatrième constatation : Le basculement de l’économie mondiale vers l’Asie : les rapports de force au sein des organes de la gouvernance économique mondiale vont se modifier aux dépens de l’EU. L’Europe entre en récession comme les Etats-Unis, mais risque d’y rester plus longtemps. Elle en limitera sans doute ses effets, mais en érodant davantage encore son modèle et dès lors en creusant l’écart entre l’UE et le citoyen désillusionné par l’apathie de Bruxelles. Combien de temps avant de reconnaître que la prolifération de paradis fiscaux à l’intérieur et à l’extérieur de l’UE est une des causes profondes de l’instabilité financière, de l’injustice fiscale et de l’appauvrissement des Etats et que l’UE seule a les moyens de contrôler cette dérive? Combien de temps mettront les dirigeants de l’Europe pour abandonner la fausse piste de la compétitivité par la déflation salariale pour chercher dans le gisement de croissance et d’emplois que constituent la durabilité et l’intégration sociale, les ressorts d’une stratégie de relance continentale? Combien de temps mettront-ils pour réaliser que dans le nouveau contexte multipolaire l’Europe doit parler d’une seule voie dans tous les organes de la gouvernance économique globale et pas seulement à l’OMC ? Combien de temps leur faudra-t-il pour reprendre le projet de Constitution de la Convention, le compléter sur la généralisation du vote à majorité qualifiée, et le soumettre aux Etats qui veulent aller plus loin tout de suite ? Voici ce que la crise financière va nous apprendre. Pierre Defraigne Directeur-Exécutif de la Fondation Madariaga-Collège d’Europe |
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